Big Joe Williams, Bukka White, Willie Dixon, Muddy Waters, Sunnyland Slim, James Madison, Mabel Hillary, James Cotton en Janvier 1966.
_____J'aurais aimé qu'on ne lût jamais ces mots, cette confession et que mieux encore on l'oubliât, qu'il n'existe entre le lecteur s'arrachant les rétines sur cette prose et mon âme, qu'une sorte d'immuable et nécessaire complicité de l'instant, rien de plus. J'en suis à présent intimement convaincue, écrire c'est mourir un peu, c'est laisser les manifestations de concret pour des aspirations profondes et déterminées qui jetteront à la face moite et anxieuse du lecteur, l'incompatible espoir de plaisance ou de dégout. Je crache sur tous les essaies, sur tous les alexandrins, sur toutes les proses, sur toutes les vies. Je ne possède pas la vertu d'être minimaliste, l'inutilement inintéressant est passionnant, la raison sans doute pour laquelle je me roule avec jouissance aux pieds de tous ceux qui ont la prétention et le coupable tort d'écrire. Car la beauté littéraire est la plus belle de toute... Par la suite on essaye vainement de me parler de réflexion, je m'écroule. A la coriace et belliqueuse prononciation de ce mot, je suspends mon souffle de libre intérêt, je laisse l'habitacle de mon organe stéril s'abaisser et pendre ignominieusement. Je toise à mes pieds l'extase sans doute imperceptible et invisible aux yeux de ceux qui possèdent goulument ce qu'on appelle l'intellect, la confusion lente et immobile, en perpétuel désagrément, mon éternité poëtique. Elle convulse, elle est atteinte de malaises incurables, des contorsions l'attaquent et font régner en elle l'enfant larmoyant et universel de Spleen. Le Spleen est un enfant meurtrie, un frippon qui s'encanaille à outrance, s'adonne magistralement aux vices et pourtant profondément imbibé de cette si ravissante innocence que l'on nomme Poësie. Le Poësie est l'innocence et la consolation de cet enfant pourri qu'est le Spleen. En tant que Sophiste, je me délecte à vous le faire lire, il n'y a rien de plus accessible et de plus abordable que la Poësie. C'est l'éloge intime de l'immoralité, c'est une nuit ardente et barbare, un reflux de regards hagards qui rafraichissent sans aucunes paroles, sans aucuns gestes, les ignobles idiots et pantins que nous sommes. Toutes les rêveries, puantes, amoureuses, étranges, voluptueuses, négligées, extrêmes, hargneuses et infâmes de l'humanité. Un inouïe sommeil de liberté captive, d'infinies langueurs, de contre conscience, car c'est bien çà, c'est l'envers du puritanisme et de l'émeute de l'éraillant conventionnel. A partir de ce moment tout devient soupir et tâche. L'Alexandrin c'est la tâche d'encre et de vomissure qui navigue à la lueur d'une flamme dorée et étouffante sur la blouse ocre de l'enfant Spleen. C'est aussi le fond d'Absinthe gisant dans une bouteille crasseuse que l'ivrogne peine à force de tumultueuses brûlures à terminer. L'Alexandrin est donc l'espoir recroquevillé et infime dans l'ombre obscure et tenace de l'innocence, la Poësie. Cela dit sans Espoir, il n'y a pas d'Innocence, l'un à l'autre est vital à la survie de ces deux notions abstraites. L'espoir c'est l'alchimie des muses chimériques, adulées virginales et des catins traînants leurs escarpins usés, troués sur le dur asphalte humide. L'Espoir est la personnification, l'incarnation même de l'Oxymore enchanteur et délicat prenant naissance dans l'échine, l'alcôve d'un ventre torturé par la faim...C'est ce Bordel cru qu'il me plaît à assassiner. Ne froncez pas vos sourcils avec sévérité, assez de vous défroquez à chaque rencontre d'un déchus dans un bastringue spirituel, je suis un déchet bourdonnant, pareillement émue que toute une masse informe lorsqu'elle sent défaillir une divagation propre à la pensée. C'est un attendrissement perpétuel, du sentimentalisme exacerbé et de l'impuissance qu'il nous faut, c'est ce qui emprisonne en apparence et libère l'âme, indolente et sensuelle. Bien sur que cette singulière distrasction est ma prison et à tout jamais au fond d'une geôle crasseuse et morbide, je chanterai cette louange. Je possède la vie, le gamin universel, l'innocence, l'espoir, je pourrai tergiverser sur bien des lignes encore, vomir sur cette feuille longtemps mais anticipez, la suite se devine déjà que trop...
Ô Vertiges meurtriers, je vous aime.
Z. Gérard.